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N° 39 - Mars 2020

Hospitalisation à domicile (HAD)

COORDINATION SANS FRONTIERES

HAD, trois petites lettres pleines de promesses pour ceux qui croient en la formule. Ils y voient une réelle opportunité de décloisonner non seulement les métiers de soins, mais aussi les lignes. A condition que les crispations de départ, liées parmi les acteurs du domicile au sentiment qu’on piétine leurs plates-bandes, soient aplanies. Et que l’info circule bien. Les TIC ont assurément, à ce niveau, un rôle crucial à jouer.

Après son feuilleton sur les projets soins intégrés aux malades chroniques, e-santewallonie s’embarque dans une série sur ces autres initiatives transmurales que sont les expériences d’hospitalisation à domicile. Elles supposent elles aussi une bonne communication entre intervenants.

Ces derniers évoluent autour de patients spécifiques, réclamant des soins qui le sont tout autant, fait observer le Dr Roucoux. Ce médecin informaticien au Grand Hôpital de Charleroi (GHdC) est membre de l’équipe de gestion des projets HAD de l’établissement. Ceux-ci portent sur de l’antibiothérapie et de la chimiothérapie à domicile et étaient déjà en gestation avant l’appel à projets officiel des autorités fédérales (lire encadré).

Synchronisation avec la première ligne

Pour avoir participé activement aux rencontres avec la première ligne carolo, François Roucoux a pu observer au démarrage une défiance palpable face à « l’envahisseur », très bien résumée dans expression : « l’hôpital sort de ses murs ». « Or, on est dans des logiques différentes. On ne fait pas en HAD la même chose que lors de soins à domicile classiques. » Les soins d’HAD ont, détaille-t-il, un niveau de complexité qui réclame des techniques et des compétences particulières.

Ces craintes d’écartement n’ont pas été snobées. Les hôpitaux s’essayant à l’HAD ont procédé à des aménagements du modèle, poursuit-il. « Par exemple en introduisant l’aspect ‘synchronisation avec les soignants de première ligne’ dès les conditions d’entrée en HAD. Outre les critères liés à sa pathologie, il y a un large spectre de critères psycho-médico-sociaux à considérer pour définir si le patient est éligible (le fait que son habitat soit adapté, qu’il soit entouré par des aidants et non pas isolé…). L’avis de son médecin généraliste traitant est déterminant. S’il émet des doutes, on renonce à l’HAD... »



« On ne fait pas en HAD la même chose que lors de soins à domicile classiques. »




Les TIC, clefs d’une HAD de qualité ?

L’HAD suppose qu’institution et soignants individuels, dont une partie d’indépendants, se mettent au diapason autour d’objectifs de soins. Pour notre interlocuteur, les bénéfices que la formule apporte aux patients méritent bien de faire quelques efforts pour huiler la coordination, avec des consensus sur la façon d’organiser les soins et une clarification du qui fait quoi (*). « Certes, il y a quelques retours plus nuancés de patients qui redoutent l’isolement. Mais, en général, s’ils ont le choix, les gens préfèrent être traités à la maison. On en voit certains entamer des formations à distance, ce qui n’aurait pas été possible en milieu hospitalier. »

Cette coordination qui réclame une circulation d’infos fluide entre intervenants, difficile de l’imaginer au 21ème siècle sans l’apport des TIC. « Au GHdC, un espace spécial HAD est apparu dans le dossier patient informatisé hospitalier. Il est organisé comme une succession de formulaires structurée de façon temporelle. Au domicile du patient, la communication entre soignants se fait par le ‘journalier patient’, un cahier de liaison. Mon espoir serait que le ‘journal patient’ du Réseau Santé Wallon (RSW), s’il s’étoffe, reprenne le rôle de ce journalier papier. » (**)

Outre le partage de données grâce aux dossiers médicaux mis à disposition sur les réseaux d’échange comme le RSW, il y a pour le Dr Roucoux des outils à imaginer pour enrichir la communication entre soignants, depuis des agendas partagés jusqu’à des systèmes de notification et d’alerte en passant par des aides à la décision. Il évoque ainsi l’initiative de la demi-douzaine d’hôpitaux wallons engagés dans les projets fédéraux d’HAD de développer « une plate-forme de coordination des soins qui s’appuie sur une messagerie de type WhatsApp sécurisée, utilisant un standard de communication instantanée qui s’appelle Matrix et a la particularité d’être décentralisé ». François Roucoux espère observer un jour une convergence entre cette initiative et les services proposés par le RSW.

(*) les autorités et gestionnaires d’hôpitaux espèrent aussi de l’HAD d’éventuels gains économiques, encore non confirmés à ce stade
(**) nous reviendrons sur les projets du GHdC et ses réflexions en matière de TIC appliquées à l’HAD, après cet article d’ouverture qui plante le décor de l’HAD en général.


L’HAD au sud du pays

L’HAD existe depuis des décennies dans divers pays, souvent tournée à l’origine vers les patients gériatriques et palliatifs. Les USA la pratiquent depuis les années 50, la France l’a légalisée en 1970. Chez nous, le KCE a conclu en 2015 qu’il était impossible de dégager des expériences internationales « LE » modèle d’HAD s’imposant de la tête et des épaules. Il faudrait passer par des projets pilotes pour cerner les contours de cette organisation rêvée. Au petit trot, Maggie De Block a lancé un appel à projets. Il s’est soldé par la sélection de 12 dossiers, dont 5 en Wallonie, tous tirés par un hôpital coordinateur et impliquant la première ligne locale. Démarrés en 2017, ils sont toujours en cours.

Voici les projets wallons. La sélection complète figure sur le site de la ministre sortante.

  • Traitements antitumoraux administrés à des patients souffrant du cancer
    Hôpital coordinateur : CHC Liège
  • Traitement antibiotique IV et/ou antiviral IV
    Hôpital coordinateur : Centre Hospitalier de Wallonie Picarde
  • Antibiothérapie IV
    Hôpital coordinateur : Grand Hôpital de Charleroi
  • Traitements antitumoraux administrés à des patients souffrant du cancer.
    Hôpital coordinateur : Grand Hôpital de Charleroi
  • Antibiothérapie et/ou traitement hémato-oncologique
    Hôpital coordinateur : CHU Liège

(le projet Antibiothérapie IV coordonné à Bruxelles par les Cliniques universitaires Saint-Luc vise aussi la région d’Ottignies et 45% de patients ayant un domicile en dehors de Bruxelles-capitale)

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