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N° 54 - Janvier 2022

Dématérialisation et patients « non numériques »

LE PAPIER, UNE VALEUR (ENCORE) SÛRE

Depuis mi-septembre, un prescripteur peut déroger à l’obligation d’imprimer la preuve papier des prescriptions électroniques à condition - on l’oublie souvent - que le patient ait donné son accord ou l’ait demandé. Il peut, mais ne doit pas. Certainement pas quand il est face à un patient qui ne semble pas être à l’aise avec les technologies ou posséder de smartphone. Recip-e a toujours recommandé aux prescripteurs de s’assurer que le patient a compris comment consulter l’e-prescription et retirer ses médicaments. Un bon réflexe de plus : ne pas priver de papier les patients visiblement non numériques et peu autonomes.

Bien que le nouveau système se soit déployé sans encombre (voir notre newsletter de novembre, « Quels constats après 6 semaines ? »), il est des circonstances où il reste plus sûr de s’en tenir au papier, encore pour quelques mois assurément. Dans les situations ‘tendues’ comme la fin de journée ou la garde par exemple, « ou quand on comprend que le patient ne sera pas en mesure d’aller lui-même à la pharmacie », illustre Charles Ronlez, représentant des pharmaciens au sein du CA de l’asbl Recip-e.

Une carte d’identité, délicat à confier…

« En effet, du temps des prescriptions papier, que faisait une personne âgée, isolée, dans l’impossibilité de se déplacer jusqu’à l’officine… ? Elle y dépêchait de façon informelle un voisin serviable, en ne lui remettant d’ailleurs que l’ordonnance nécessaire - précisément celle dont elle avait besoin à ce moment-là ou dont elle acceptait qu’un tiers soit au courant ».

« Depuis la dématérialisation, le sésame pour se faire délivrer ses médicaments, c’est essentiellement la lecture de la carte d’identité à la pharmacie. Mais une carte d’identité, c’est personnel. Légalement, seul son propriétaire peut l’utiliser ; il n’est pas supposé la confier à un voisin. Ou il faut mandater officiellement ce dernier en ligne, selon un mécanisme analogue à celui des mandats donnés à un expert-comptable pour utiliser tax-on-web par exemple, mandats fiscaux que l’on gère sur le site du SPF Finances. » On imagine donc la complexité d’établir pareil mandat pour une personne souffrante, âgée, peu versée en informatique…

« Il est possible à ce jour de créer et enregistrer un ‘mandat en matière de soins’, via masanté.be » [Ma Santé | eHealth (belgique.be)> section « gestion des accès »], indique notre interlocuteur, mais sa portée est plus large que le scénario du ‘gentil voisin’ qui passe par l’officine, puisqu’il est notamment question d’accès à la gestion des données de santé. « Un système permettant d’accorder un mandat électronique à un tiers est en développement spécifiquement pour l’e-prescription. Il est attendu pour février 2022 », annonce Charles Ronlez.

Ne pas forcer la main

Au vu de ce qui précède, il n’est pas inutile de répéter un message qui figurait dans la campagne de lancement de la numérisation totale de la prescription mais dont nombre de prescripteurs, notamment les médecins généralistes, ne semblent pas tenir compte, sans doute parce qu’ils ont déjà adopté le système et sa commodité. Pourtant, le 100% paperless, ça ne s’impose pas, ça se pratique avec les patients qui veulent (de cette procédure), ceux qui savent (se débrouiller digitalement) et ceux qui peuvent se rendre à la pharmacie. Il y aurait plus de patients qu’on ne croit à ne pas oser dire à leur médecin qu’ils préféreraient le statu quo.

A la décharge des généralistes, explique Charles Ronlez, leurs softs métiers ont été paramétrés pour ne plus, en prévision de la dématérialisation, sortir d’impression. « Printer n'est plus automatique, cela requiert une manœuvre du médecin. De contacts avec des hôpitaux, je retiens que dans certains, les choses sont en train d’évoluer. On va vers une logique inverse : le retour de la preuve papier qui sort d’office de l’imprimante, sauf contrordre. »


Take home message

En conclusion, s’il fallait résumer ce qui précède en quelques lignes :

  • le patient est libre de ne pas vouloir quitter un cabinet médical sans preuve papier de prescription
  • continuer à en délivrer une garde tout son sens dans une série de circonstances.

(*) ou la communication du n° NISS, à condition d’avoir une relation thérapeutique avec cette pharmacie précise datant de moins de 15 mois. La communication du numéro de registre national à un tiers pour qu’il aille chercher les médicaments à la pharmacie est un mandat « tacite ».

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